Témoignage

EPAM Les Blaireaux ! Première sortie !

Le 27/01/2021 par Loïc Pouget

Equipe Pyrénéenne d’Alpinisme Mixte                              

 

Sortie n°1 :                                       Les Blaireaux

La nouvelle équipe espoir d’alpinisme Occitanie se voyait réunie ce week-end. Une grande partie de l’équipe a déjà répondu présente. Le déterminisme de ses membres n’a d’égal que leur soif de montagne et … de cascade de glace. C’est ce qui nous a mené en Ariège, dès samedi, direction le temple de Soulcem et son lac gelé. En face, le Riufret, couloir mythique à ski et le Pic de la Madelon, magnifique spot de grande voie, il se dresse notamment deux cascades de trois longueurs chacune cotées entre 3+ et 4+. L’approche à ski sur une neige fraîche est délicieuse à souhaits. Le pas est ferme mais l’ambiance est à la rencontre, ça « tchatche » : et tu viens d’où ? Et tu fais quoi ? … Après avoir déballé nos curriculums, on parvient aux pieds des deux princesses de glace. Deux cordées sont formées. La météo est spectaculaire : alternance d’un léger brouillard percé par les rayons du soleil et quelques éclaircies éparses. Le vent vient chatouiller le bout de notre nez par instants pour nous rappeler qu’ici, c’est quand même un frigo. Le baudrier sur les os coxaux, l’ambiance a subitement changé : on veut tous casser du glaçon, le Ricard ça attendra.

- « On mange à quelle heure du coup ?

- Au groupe espoir, on ne mange pas ! »

Le ton est donné… Dans la voie, le silence de Soulcem se dilue au bruit sourd du piolet dans la glace.  Cela résonne comme dans la chapelle Sixteen. Plus on grimpe, plus c’est beau. Nous reprenons nos marques en cascade : le poignet ferme à la frappe, les pieds à plat, l’ancrage des crampons légèrement vers le haut, la frappe dans l’axe des épaules, le brochage au niveau des hanches, la respiration homogène et fluide, délayer quand c’est possible. Trois rappels plus tard, le petit monde est réuni aux pieds des deux géantes de glace. Pour finir la journée, nous nous essaierons à plus de verticalité à la cascade école pour que nos chers instructeurs puissent déjouer nos défauts et vices. La chaleur de la journée n’a pas rendu aisée la descente sur une neige bitumée, les skimans ont les oreilles qui sifflent …

Nous avons retrouvé la chaleur du radiateur et c’est autour d’un doux breuvage houblonné ainsi que d’une pointe de fromage que le nom de notre équipe est alors apparu à nos yeux comme une délivrance consensuelle : Les Blaireaux des Pyrénées. Sans une once d’ironie, cet animal, bas sur pattes, discret, extrêmement méfiant, agile et rusé, nous sembla l’évidence même.

« Demain c’est départ 6h15 ».

 

Le dimanche, c’est encore au fin fond de l’Ariège. Au départ de la maison, il pleut comme à Brest. Là-haut, il neige à gros flocons. Entre hêtres et sapins, l’approche est tout bonnement splendide. C’est sauvage ici, pas étonnant que l’ours y trouve son logis. Les arbres se décantent, les yeux se lèvent subitement pour se perdre dans un cirque d’une beauté que presque seule l’Ariège ne connaît. Exposées Nord-Est, elles sont là nos cascades et le spindrift dévale gracieusement.  Même de loin, nous comprenons rapidement qu’aujourd’hui, nous ne sommes pas venus trier des lentilles. Nos pas finissent par s’enfoncer jusqu’aux genoux. Aux pieds des voies, nous formons deux cordées de trois : la goulotte en 4+ pour les uns et la cascade de droite formée de gros chou-fleurs en 4+ pour les autres.

A 11 heures, mon grand-père regarde la messe sur France 2, près de la cheminée. Pour nous, l’ambiance est glaciale jusqu’à l’os, humide, isolée et austère : FULL GAZ nom de Zeus. On a plus faim, plus soif et plus envie d’aller sur la céramique. C’est beau mais c’est raide.  Ça y est, le groupe espoir cela commence maintenant : première longueur en mixte (M4) dans de la neige fraîche, pas de pieds, pas de mains … Dans l’inconfort, nous voilà contraint d’enlacer un pan de neige agglomérée, le pied gauche en opposition et le pied droit sur un mauvais caillou humide. On glisse la lame du piolet dans des failles et on tire sur les bras. Mes yeux s’arrêtent sur une touffe de mousse gelée que j’assène d’un brave coup de piolet : ça rentre comme dans du beurre et ça tient mon cochon. Le premier pas, même en second, ça ramone les tripes. Les deux longueurs suivantes en 4+ nous demandent force et détermination. On délaye quand on peut et on se pousse au train lorsque c’est nécessaire. Les relais sont propres et en place. On finit au sommet à la limite de notre deadline, il est 15 heures. Un Abalakov plus loin, on tape trois rappels pour retrouver les copains un cran plus bas, le sourire aux lèvres et l’acide lactique dans les mollets.

Finalement, la météo n’était pas du tout annoncée comme telle et, pourtant, nous avons passé un week-end féerique. Comme dirait l’autre : « qui regarde la météo reste au bistrot ». Cette fin de semaine nous a démontré que notre place était là, dans le palais de notre bien aimée Pyrène. Papy, tout va bien, je viendrai souper la semaine prochaine.

Décidément, on forme une belle équipe de blaireaux ! La suite semble être de bonne augure…

 « La montagne appartient aux opportunistes et aux audacieux ».

 

Les Blaireaux des Pyrénées.







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