Témoignage

Groupe espoir régional Occitanie - Stage Espagne

Le 24/11/2020 par Nicolas Routhiau

CR Stage Espagne (Collegats et Vilanova de Meia)

Du 28 Octobre au 1er Novembre 2020.

 

            Après plusieurs mois d'arrêt dû au premier confinement puis aux restrictions gouvernementales, le groupe prend la décision de partir en petit séjour de cinq jours afin de se retrouver et profiter de ces moments sous le beau soleil espagnol. Il sera composé cette fois-ci de cinq participants (Justine, Paul, Armand, Elie et Loïc) qui ont la chance d'être encadrés par deux professionnels (Nathan et Nigel).

            Le groupe part donc du mercredi 28 octobre au dimanche 1er novembre. Voici comment la petite semaine va se dérouler :

 

                        Mercredi 28 octobre :

            Le départ a été donné sur le fameux parking de Jules-Julien sur les coups de 8H tapante. Elie, Armand, Justine et Loïc, répartis dans les deux voitures des encadrants part pour le spot de Collegats (La Pobla de Segur) en faisant une halte à Montréjeau afin de récupérer Paul et faire les courses.

            Arrivé sur le parking, après 3H bonnes heures de route, le groupe décide de manger le pique-nique. Puis, vient le moment de se diriger vers la falaise. Ce sera Sector Cine qui a été choisis. S'ensuit une petite marche d'approche pour arriver au super secteur d'une trentaine de mètre de haut. Cette après-midi à permit de découvrir le conglomérat, qui pour la plupart ne connaissait pas. Grimper sur des grosses patates est plutôt déstabilisant quand on n'a pas l'habitude. De plus, une école de vol a été réalisé pour certain afin de se rappeler les bonnes sensations et évacuer un peu de stress.

            Le soir, nous avons bivouaqué au bord du très agréable lac de Pantà de Sant Antoni, à la sortie de la Pobla De Segur. Pendant le repas, nous apprenions le reconfinement en France dès la fin du stage. Il va falloir profiter de cette dernière semaine alors.... Nous sommes donc partis nous coucher dans cette optique.

 

                        Jeudi 29 octobre :

            Après la nuit passée, nous avons pris la route vers 8H pour aller grimper sur les magnifiques grandes voies de Vilanova de Meià. Au bout de 1H45 de route, nous sommes arrivés au parking où nous avons déjeuné et finis de préparer le matériel pour la journée. Nous avons choisi deux grandes voies pour trois cordées sur la paroie de la Roca Dels Arcs.

            La première grande voie s’appelle Tierra de Nadie, dans le sous-secteur de Lleida. Cette voie est entièrement équipée, cotée 6b+ (175m). Les cordées de Nathan-Justine et Loïc-Paul attaque la première longueur, cotée 4+. Première surprise une fois dedans, elle nous semblait plus dur et faisait plus penser à du 5+. La deuxième longueur cotée 6a commence par une traversée de trois mètres puis un passage typé bloc qui a eu raison de beaucoup d’énergie et de motivation.

                        ''franchissement d'un bombé où on ne voit pas ses pieds, avec un bi-doigt main gauche pour atteindre la future main droite à travers un mouvement dynamique''.

            Arrivée au deuxième relai, Nathan s’est lancé dans la troisième longueur en 6b+. Arrivé au relais, la cordée de l’autre grande voie eu un incident. Ce qui nous a obligé à arrêter toute progression pour tous revenir au sol.

 

            La deuxième grande voie s’appelle Bàmbol, dans le sous-secteur de Montse Pueyo. C'est une voie en Terrain d'aventure, cotée ED- (6b/A2+ max – 6a obligatoire). La cordée Nigel-Elie-Armand se lance dans la première longueur de 6b et se déroule dans la bonne humeur. Lors de la deuxième longueur en 6a, Elie qui était deuxième de cordée a attrapé une « prise tiroir » (prise qui s’arrache du rocher quand on la prend), qui est tombé sur son pouce et est passé à proximité d’Armand qui le suivait de près. Plus de peur que de mal. Pour la troisième longueur, cotée 6a, Armand est parti en tête. Après une progression réussie et arrivant non-loin du relai d'en haut, il chuta en arrachant un friend, ce qui lui a fait prendre un vol d’une vingtaine de mètre sans conséquence. Il est tombé sous un toit d'une avancé d'environ six mètres, ce qui l'a aidé à dynamiser sa chute.

            Cette situation nécessitait donc une intervention rapide de Nigel. Il envoya un nœud patate à Armand afin de le sécuriser sur le relai et le tracter jusqu'à lui. Une fois Armand en sécurité et les choses calmées, la cordée décida de redescendre car le moral était au plus bas et la frayeur avait démoralisé tout le monde. Les deux autres cordées ont aussi décidé de redescendre en rappel car tout le monde était sous le coup des émotions et ne se sentait pas de continuer.

            Une fois en bas, nous nous sommes rejoints. Après avoir rangé notre matériel respectif, nous avons tout de suite pris le temps d'échanger sur ce qui venait de se passer afin d'en tirer le meilleur. Enfin, nous avons regagné les voitures et nous nous sommes rendu à l’ermitage. Une fois installés, nous avons de nouveau pris le temps de débriefer. S'en est suivi un bon repas collectif et une bonne nuit de sommeil.

 

                        Vendredi 30 octobre :

            Après la journée d'hier, nous avons décidé de faire de la couenne pour remettre tout le monde en confiance. On décolle donc pour le secteur de Lo Pelat, tout au fond du Pilar Del Segre. Après une bonne demi-heure de piste plus ou moins praticable, nous arrivons au parking et entamons la marche d'approche plutôt relax malgré une petite recherche du pied des voies dans les broussailles à la fin. Commençant à grimper sur ce secteur assez récent, nous sommes surpris par ce rocher gris très différents de celui de la veille avec ses mono-doigts, ce qui change des aplats et des pinces. Après 2-3 voies d'échauffement pour chacun, un 7a nous interpelle... Wenceslao Position. Nathan décide donc de s'y frotter. Cette voie « majeur », avec son départ typé bloc est un bonheur. Une fois la moulinette mise, Paul, Justine et Elie s'y lance à leur tour.

            Malheureusement, on se fait prendre par le temps, ce qui nous fait plier bagage avant la tombé de la nuit. Cette journée nous aura permis au moins de reprendre confiance en chacun et même de nous dépasser.

 

                        Samedi 31 octobre :

            Ce jour fut dédier au retour en grandes voies sur la paroie de la Roca Dels Arcs, à la différence que cette fois-ci nous sommes tout à droite, dans le secteur Camel. Nous avons choisi deux grandes voies pour trois cordées dans le 6a max entièrement équipée, Necronomicon (140m – 6a) et A donde vas Vicente (130m – 6a). L'idée est de grimper cool sans se prendre la tête afin de reprendre nos marques et de poser quelques friends pour se perfectionner. Ceci a été de douces illusions car quelque chose de nouveau nous arrive, nous découvrons la grimpe vertical sur des strats horizontales.

A savoir : les Espagnols ont une drôle de définition d'une voie « équipée »...

Des points tous les six mètres ; un relai sur arbre dans la première longueur ; un seul point dans la dernière longueur cotée 4+.

Heureusement que nos très chers friends était avec nous pour combler le manque de protection.

 

            Après la descente à pied par le sentier raide, nous avons rejoint l'ermitage. Etant arrivé vers 16H, nous avons grimpé autour de la belle chapelle. Entre traversées et improvisation de blocs, il y a de quoi bien s'amuser et avoir une super ambiance !!!

 

                        Dimanche 1er novembre :

            Pour la fin de ce stage riche en pratique, nous avons décidé de faire un peu de théorie... Comme nous n'avions que la matinée, nous avons plié le camp à l'aurore. Aussitôt le petit-déjeuner terminé, les manip' de cordes commençaient. Tout cela sur le mur de la chapelle (elle en aura connu cette pauvre chapelle..). Quelques friends et voilà trois relais triangulés. Il fallait se mettre en situation !!!

            Nous avons commencé par voir la réchap : soit par la possibilité de redescendre en moulinette jusqu'au relai où le second pourrait prendre la suite, soit par le rappel si la longueur de corde est trop courte et si on veut éviter l'effet poulie dans la supposition où le point est trop fragile.

Durant ces manipulations, nous avons simulé des ruptures de points. Cela nous permettait de comprendre comment le machard se retournait et nous arrêtait quand même.

Pour finir, nous avons fait quelques révisions de mouflages simples et mariner double.

            12H, nous mangeons notre pique-nique. On débreife du stage et des deux années suivantes. On se dit tous au revoir mais les retrouvailles sont rapides car la photo incontournable de groupe a été oubliée.... Le groupe se divisent donc en deux voitures. L'une (celle de Nigel avec Justine et Loïc) prends la direction de l'Ariège pour déposer Justine à Foix. L'autre (celle de Nathan avec Paul, Armand et Elie) repasse par Montréjeau afin de laisser Paul avant de rentrer sur Toulouse.

 

            Voilà un stage qui se finit dans la joie et la bonne humeur malgré les petits couacs. Les prochains seront pour l'année prochaine avec un tout nouveau programme fait par nos encadrants, Nathan et Nicolas, qui se sera remis de sa convalescence (donc qui risque de vouloir envoyer du lourd...). Cela promet encore de beaux moments...

            A suivre à Pâques 2021, le Verdon...

 

S'ensuit maintenant, un mot de Nigel à propos de la journée de jeudi dans la voie de Bàmbol. Je pense qu'il serait intéressant de savoir ce qu'il a à dire.

 

« En escalade, certains événements méritent qu’on s’y attarde afin d’en tirer des enseignements. Ce qui s’est passé le jeudi 29 octobre 2020 dans la voie Bambol (Vilanova de Meià) en fait partie. Je vais donc m’efforcer de prendre du recul et d’analyser le plus objectivement possible ce qui s’est passé, pourquoi ça s’est passé et comment cela aurait pu être évité.

Premièrement, pourquoi avoir choisi Bambol ?

Connaissant le niveau de Armand et Élie (~6c à vue), j’ai choisi une voie qui permettait de les challenger un petit peu sans pour autant les mettre en réelle difficulté. Cette voie en terrain d’aventure est cotée ED- et peut donc entrer dans la (future) liste de courses des jeunes et elle entrait (malgré la cotation ED- car ED est désormais requis) dans ma liste complémentaire. Le niveau est de 6c et 6a obligatoire, avec une seule longueur en 6c et 250m d’escalade au total.

Étant donné le niveau de la voie et le fait qu’elle soit en terrain d’aventure, j’ai décidé de leader les longueurs dures. Je m’étais renseigné sur la voie auprès de mon formateur Jean Noël Crouzat ainsi qu’auprès d’un ami de la formation. Ceux-là m'avaient dit que la longueur en 6a en traversée était abordable pour les jeunes.

La première longueur étant fortement exposée, j’ai choisi de redescendre et de démarrer la voie par Sexo, roca y des control qui rejoint (presque) Bambol à R1, occasionnant déjà une certaine perte de temps.

Durant la deuxième longueur (la plus dure de la voie, 6c), il y avait une traversée vers la droite, en aucun cas difficile mais qui, comme toute traversée, peut faire un peu peur (peur du balancier) aussi bien en tête qu’en second, le terrain d’aventure ajoutant une dose d’incertitude supplémentaire dans le sens où la solidité des points n’est pas garanti.

Malgré la consigne que j’avais donnée (tester les prises), Élie se retrouva en difficulté au niveau de la traversée et crispa probablement sur les prises tout en ne pensant pas forcément à les tester, il est possible également qu’il ait joué de malchance. Quoi qu’il en soit, il décrocha une prise tiroir (taille d’un ballon de handball) qu’il fit tomber sur sa main. Son pouce était douloureux (ongle violet), aucune blessure grave cependant. Cela ajouta, en plus de la douleur, un cran supplémentaire de stress pour Élie. Celui-ci étant paniqué, je lui ai demandé de se longer au point le plus proche (un piton) afin de reprendre ses esprits et de faire un point. Malheureusement, ce piton était instable et menaçait de sortir. J’ai donc dit à Armand qui était derrière Élie d’arrêter d’avancer et de se mettre en tension dans la corde, j’ai ensuite demandé à Élie de se longer à la corde d’Armand. Une fois ses esprits retrouvés, Élie a pu finir la traversée grâce à la corde d’Armand (empêchant tout balancier en cas de chute) et a pu me rejoindre au relais

À ce stade, j’avais clairement un feu orange concernant la douleur au pouce d'Elie et son état émotionnel. J’ai demandé à Élie s'il se sentait de continuer tout de même. Ce à quoi il a répondu positivement.

Nous sommes donc à R2, et je me rends compte en regardant le topo que nous ne sommes pas au bon relais, notre relais étant en réalité cinq mètres plus haut. Je me dis que le tirage engendré par ces quelques mètres n’est pas très conséquent s'il est bien géré et je décide d’envoyer Armand dans le 6a. Cette longueur est très particulière, Armand devait grimper verticalement sur cinq mètres jusqu’au vrai relais, puis traverser à droite sur dix mètres (au-dessus d’un toit de cinq mètres d’avancée) et enfin grimper verticalement sur quinze mètres. Après un démarrage un peu difficile, il n’eut aucun mal à effectuer la traversée (bien protégée par des pitons, comme prévu). Cependant, entre cinq et dix mètres après la traversée, il commence à avoir du tirage. Il décide alors de continuer, voyant le relais (arbre) à quelques mètres. Ayant trop de tirage et ne pouvant ni désescalader ni continuer, Armand nous crie plusieurs fois qu’il va tomber et chute finalement. Il chute d’environ vingt mètres et se retrouve suspendu cinq mètres sous le toit après avoir presque percuté le relais dans son balancier. Je suis rassuré, il semble aller bien. Ayant peur que le dernier piton sur lequel il est ne cède ou que la corde ne soit endommagée (en frottant sur le toit), je m’empresse de lui envoyer du mou avec un nœud au bout. Je lui dis que dès qu’il l’attrape, il faut qu’il se vache dedans, sachant que j’ai sécurisé la corde sur le relais. Après quatre essais, il l’attrape finalement et se sécurise. À partir de là, il est rassuré et moi aussi, je le descends un peu avec mon système d'assurage pour avoir du débattement et le moufle (mouflage simple) avec un des brins jusqu’au relais sur lequel il se vache. Étant donné l’état émotionnel de Élie et d’Armand, je décide alors de réchapper et de laisser le matériel en place dans la longueur, étant difficilement récupérable (longueur en traversée). Nous récupérons donc les cordes que je vérifie scrupuleusement afin d’être certain qu’elles ne soient pas endommagées. Nous tirons ensuite le rappel jusqu’en bas sans encombre.

Maintenant que la situation est décrite, comment aurions-nous pu l’éviter ?

Premièrement, il était ambitieux de souhaiter qu’Armand aille en tête dans cette longueur. Malgré la faible cotation, Armand n’avait fait que peu de grandes voies en terrain d’aventure et cette longueur très spécifique avec une gestion du tirage essentielle n’était pas adaptée. Les erreurs d’Armand dans cette longueur étaient la gestion du tirage, une pose de protection moyenne (friends qui a lâché) et la fuite en avant qu’il a effectué malgré le tirage au lieu de se (re)poser et de prendre le temps d’analyser la situation.

« La confiance n'exclut pas le contrôle », voilà une phrase que j’aime bien et qu’on nous répète souvent en formation du DE. J’aurai dû accompagner Armand et Élie dans une voie très facile en terrain d’aventure pour vérifier leurs acquis avant de les lancer dans un itinéraire tel que Bambol.

Deuxièmement, j’ai fait une erreur en laissant Armand partir depuis le relais intermédiaire, je n’avais pas le visuel sur lui dans sa longueur (impossible alors de le conseiller) et il a subi un tirage supplémentaire. En prenant un autre point de vue, si j’avais été au vrai relais et qu’il avait tout de même chuté (moins probable certe car moins de tirage et mes conseils, du moins pendant la traversée) nous aurions été dans une situation bien pire car je n’aurai presque pas pu intervenir. Il aurait alors fallu qu’il effectue une remontée sur corde (ce qu’il ne sait pas faire) que j’aurai eu bien du mal à lui expliquer sans aucun visuel.

En conclusion, cette situation n’aurait pas dû arriver. Bon, maintenant qu’on a dit ça, il y a au moins un point positif à ce que ce soit arrivé. Armand a pu tester ses propres limites et cela lui servira fortement lors de ses prochaines grandes voies. Il faut également retenir que dans ce genre de situation un peu “extrême”, il faut absolument garder son calme (d’autant plus que la panique est communicative), ne serait-ce que pour préserver notre capacité à réfléchir. On sait très bien que notre cerveau est inefficace lorsqu’il est submergé par les émotions et notamment par la peur.

Enfin, je dirai que cette expérience est d’autant plus intéressante qu’un des objectifs du GEEO est justement d’amener les jeunes à être capable d’éviter dans un premier temps ce genre de situation et par la suite à savoir les gérer en toute sécurité. »

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