Témoignage

Stage d'artif au Mont Peney : éloge de la lenteur

Le 04/06/2021 par Eloise Jouhet - Groupe Espoir Alpinisme Occitanie

[Weekend Groupe Espoir Alpinisme Occitanie du 13 au 16 mai 2021]

13 mai, nous sommes en l’an 2021 après Jésus-Christ. Toutes les montagnes gauloises sont occupées par les adeptes du « fast and light »… Toutes ? Non ! Un groupe peuplé d’irréductibles cafistes, chargés comme des mulets et plus lents que le tracteur de papi, résiste encore et toujours à l’envahisseur. En opposition à ces garnisons de montagnards à la recherche de toujours plus de légèreté et de chrono, l’équipe a donc fait sien le credo : « plus c’est long plus c’est bon ! »

Retour sur cette découverte de l’artif au Mont Peney…

Parlons déjà de l’emplacement du stage. On nous avait vendus le soleil espagnol de Montrebei et le calcaire du Verdon. Après moult confinements, déconfinements, tergiversations de nos encadrants et blessures diverses et variées de nos membres, nous voilà traquenardés au Mont Peney, sorte de grand socle de caillou déversant qui surplombe Chambéry. Bien sûrs nous sommes tout de suite ravis de ce changement de plan ! Pourquoi grimper sur du caillou béton au soleil quand on peut bricoler dans des blocs branlants sous la pluie à 400 km de chez nous ?? 

Jeudi : J1 : Préparation du matos, théorie et pratique à l’école d’artif

Retrouvailles sur un parking de Chambéry après une petite nuit pour la plupart, qui arrivent du Sud-Ouest. Clara, Julia et Eloise font preuve de ponctualité comme toujours. On apprend que Charles, notre guidos, n’est toujours pas remis de sa chute en bloc (hé oui la salle c’est dangereux les jeunes) et qu’il va rester se prélasser à l’hôpital plutôt que venir faire chanter les pitons avec nous. Heureusement, Julien, notre encadrant, est passionné d’artif et se fera un plaisir de gérer la troupe de novices artificiers que nous sommes (Bon, il a peut-être perdu 10 ans d’espérance de vie au passage…)

Premier crux : trouver le parking. Deuxième crux : Préparer le matos, à 8, c’est pas une mince affaire, on discute dans tous les sens, puis les sacs se chargent enfin et les cordées se font. Direction la paroi. Troisième crux : les indications camp to camp ne sont pas des plus pertinentes (pourquoi indiquer à droite quand il faut aller à gauche, mystère…). On arrive enfin dans l’après-midi au pied de la falaise. Les longues coulées de pluie n’ont d’égales que le brouillard collé au sommet, ambiance... Après quelques explications théoriques du maestro, les élèves s’affrontent au Chifoumi pour savoir qui partira en premier. Le rythme du groupe, déjà pas rapide, entre alors dans une quatrième dimension. Les artifeurs s’élancent… et avancent dou-ce-ment. Nils fait chanter les pitons pendant que Pyrène teste la solidité de ses nerfs et de ses friends dans une vieille fissure poussiéreuse à souhait. Elo s’essaie au crochetage de tige filetée.

Pendant ce temps, Mélissa et Julien partent en mission pour nous installer une corde fixe depuis la vire, 100m au-dessus du sol. L’objectif est d’y arriver le lendemain soir pour une nuit en portaledge ! On rentre profiter d’une nuit de récup sur le plancher des vaches et on lance les pronostics : « vous croyez qu’on arrivera sur la vire ? » 

Vendredi : J2 : Une longueur vaut une grande voie, non ?!

Départ dans les grandes voies dans une ambiance full brouillard. La cordée Nils-Mélissa part bille en tête dans Fanino. La cordée Julia-Alex-Clara s’attaque à la L1 « un peu humide » de Crynoline et la cordée Pyrène-Eloise s’essaie dans Peter-Pan. Beau challenge pour Clara qui pose ses premiers friends…et doit se pendre dessus par la même occasion. Long combat mental, qui s’achèvera dans la dalle trempée au-dessus d’elle. De toute façon, les 4h d’assurage dans le brouillard auront eu raison des mains d’Alex, qui ne se sent pas de grimper vu l’alléchante couleur bleu-violet-noir de ses doigts. Il monte donc en renfort avec Julien pour nous installer les portaledges et hisser le matériel.

Pendant ce temps, Julia et Mélissa ont rejoint Nils, tranquillement installé dans son hamac. Julia est préposée à la L2. Elle se retrouve confrontée à un joli bloc bien menaçant, pile dans l’axe du relais. Après plusieurs tentatives, la sage décision est prise de redescendre, tant pis pour le projet grande voie, il y en aura d’autres, la montagne c’est aussi savoir renoncer... Pyrène, elle, a bien appliqué l’adage de ce bon vieux Jean « Rien ne sert de courir, il faut partir à point ». Après une bonne demi-journée de bricolage, elle finit donc d’installer la première longueur, et Elo mettra quasiment le même temps à la dépitonner… « Bon je crois qu’ils sont bétons tes points ». En artif, le temps s’écoule autrement…

Le constat est posé : on n’est pas dans les temps ni les conditions pour tenir les grandes voies prévues. La journée se finit donc tout en finesse par une remontée sur corde jusqu’à la vire. Et le hissage des 50L d’eau « au cas où ». La météo nous gâte et nous offre un beau coucher de soleil sur les Belledonnes. La journée s’achève sur une grosse pyjama party en portaledge ou tapis de sol pour les moins chanceux.

Samedi : J3 : finir à la nuit

Quel bonheur de se réveiller en l’air. Une première pour la majorité d’entre nous ! Ce n’est quand même pas tous les jours qu’on a la chance de vider sa cup à 100m du sol. (Et oui, les charmes d’une équipe à majorité féminine…).

Pyrène et Elo descendent en premières, bien déterminées à poursuivre la longueur ouverte la veille. 

Pendant ce temps les autres rangent les ledges et descendent un par un pour faire des longueurs de couenne. Le brouillard reprend tranquillement ses droits. Mélissa s’élance dans une autre voie en A2, et triche avec ses biceps de temps en temps, ça a l’avantage d’aller plus vite. Clara suit un programme drastique de posage de friends au pied de la falaise. Dans la L2 de Peter Pan, les pitons chantent, le pipeau aussi. Après un départ presque rapide (notion toute relative en artif), elo se retrouve confrontée à un toit, un vrai, tout lisse. « Comment passer ? Bon y’a un piton à droite je vais tenter. Mais putain y’a rien, il tient pas ce piton !! » La pression commence à monter, et en plus j’ai faim. Pas le choix il faut tenter à gauche, en plein dans le toit. Désescalade et me voilà face au trou, seul moyen d’avancer. Un coin de bois, 2 cornières pour bourrer le tout, mmm ça semble calé. Maintenant faut se pendre dessus « tu fais gaaaffe ». » Ça finit par passer, il faudra une bonne demi-heure supplémentaire pour arriver au relais et 2 bonnes heures pour tout déséquiper et retrouver le plancher des vaches. A côté, Nils décide de se refaire une beauté : une chute sur piton lui redessine l’arcade. Il est ravi, « si tu ne prends pas des plombs, c’est pas l’aventure ». Il remonte et finit sa longueur sans broncher. Alex s’éclate aussi, ses doigts vont mieux et il peut tirer au clou sans douleur ! Quant à Julia, elle a masterisé tout le weekend sans broncher dans les longueurs mais le combo retour de nuit + sac de 2 fois son poids aura raison de son équilibre, et lui laissera un petit souvenir au genou. Heureusement, notre médecin du groupe n’attend que ce genre d’aventures pour démontrer ses talents de couture.

Bilan du week-end : On n’aura pas fait les grandes voies annoncées, mais à nous tous on aura bien poncé le secteur d’artif et touché à toutes les manips ! La journée se finit par des petits rappels théoriques : triangulation, pitonnage, dépitonnage des cornières… 

Dimanche J4 : Pliage de matos et retour vers des horizons ensoleillés

Quand tu veux faire durer le plaisir, fais de l’artif ! On met à peu près 4h pour tout ranger et redistribuer aux propriétaires. Puis chacun reprend la route vers le Sud, pas mécontents d’aller retrouver du bon caillou et du soleil... « mais quand même si vous êtes chauds on pourrait se refaire un petit trip artif, non ? »

Pour résumer, l’artif c’est long, c’est lourd, c’est humide, c’est psycho…mais c’est surtout une équipe qui ressort encore plus soudée de ce beau weekend ! Respect à Julien d’avoir géré les novices que nous sommes ! Hâte des prochaines aventures, avec on l’espère, autant de sourires sur les visages !







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