Témoignage

Cr Guillestre groupe alpi Lacrampe

Le 01/03/2021 par Groupe alpi

Guillestre 2021 : Le lancement d’une belle équipe

Récit Eloise Jouhet

Dimanche 14 février : Alors que les amoureux transis du monde entier guettent l’arrivée d’un bouquet de roses ou d’une boîte de chocolat, que des serments sacrés s’échangent autour d’un dîner aux chandelles, une drôle de petite bande est en route pour déclarer sa flamme aux cascades glacées des Hautes Alpes.

Cette bande, c’est l’une des nouvelles équipes espoir d’alpinisme du CAF Occitanie, fraîchement sélectionnée en janvier 2021. En son sein, on retrouve des jeunes surmotivés pour apprendre et perfectionner leurs techniques d’alpinisme : Julia Cassou, Eloise Jouhet, Pyrène Santal, Clara Michelon, Nils Escoubas, Mélissa Le Névé et Alexandre Verges. Cette équipe mixte au goût de girl power aura la chance d’être encadrée pendant 2 ans par Julien Lacrampe et Charles Noirot.  Respectivement encadrant au Caf et guide de haute montagne, ce sont avant tout 2 amoureux de la montagne qui ont envie de nous transmettre leur passion.

Ce dimanche de St Valentin, autour d’une bière à Guillestre, l’aventure est lancée. Les questions fusent dans tous les sens « Et toi tu fais quoi ? » « Qu’est ce qui t’as motivé à postuler à l’équipe ? » « Quel projet final vous fait rêver ? » « Alex t’as pris tes airs skis ? ». Les présentations faites, d’autres interrogations émergent : « C’est quoi notre programme cette semaine ? » «J’ai jamais fait de glace, c’est grave ? ». Hormis Nils et Alex qui ont déjà fait un stage à Guillestre, les filles n’ont peu ou point d’expérience en cascade de glace. La pression monte un peu, au fur et à mesure que les garçons nous racontent les onglées, fights et autres aventures vécues en cascade. Charles et Julien sont catégoriques « En glace on ne tombe pas. » Le ton est donné, on fera tout pour ne pas franchir la limite de la chute. Nous décidons donc d’aller à Pelvoux pour la première journée, un spot école qui nous permettra de tâter le glaçon, travailler les manips et créer une confiance de cordée.

Pour ce lundi de début de stage, on nous offre ainsi le luxe de faire de la cascade de glace au soleil ! La météo de chacun est au beau fixe, et les sourires s’élargissent au fur et à mesure de la journée «Mon dieu c’est addictif la glace ! ». Petit à petit les gestes rentrent : viser, ancrer fermement les piolets, faire des petits pas, viser, ancrer, délayer, brocher… Ayant tout à apprendre sur ce nouveau terrain de jeu, nous posons mille et unes questions sur les différentes glaces, les relais, les manips, les facteurs de risques, le matériel… L’ambiance studieuse est parsemée de tacles et de défis, l’équipe semble déjà bien matcher !

Pour le deuxième jour, nous nous dirigeons à Crévoux, à la cascade du Razis. Il fait chaud, il fait beau, tout le monde marche d’un bon pas, Nils regrette les bières de la veille et nous arrivons en sueur mais ravis au pied de la cascade. Immédiatement, les premières voies sont équipées et le festival des biceps est lancé. L’endroit est magnifique et toutes les lignes nous enthousiasment, même Eloise en oublie de manger. Quelle satisfaction de se sentir ancré dans la glace, de zigzaguer entre les « colos » glacées et de fermer le bras pour aller crocheter plus haut. Pendant que les filles s’essaient à grimper en tête, Nils et Alex, plus aguerris, ouvrent une belle longueur et révisent leurs manips de grande voie. L’état de flow s’accentue lorsque l’on est 1er de cordée, on ne s’autorise pas la chute, chaque mouvement est précis, chaque ancrage est fiable, la concentration reine. « Mon dieu c’est VRAIMENT addictif la glace ! ». Julia est aux anges et s’offre une belle longueur verticale pour inaugurer ses talents de photographe sur glace, nous arrosant au passage de neige « parce que c’est joli sur la photo ». 
 

J3 : Il a fait chaud la veille, nous décidons donc d’abandonner la glace pour une journée et d’aller s’essayer au Dry Tooling au toit des chèvres avec les copines de l’EPAF. Pour une journée de repos c’est raté, nous ressortons de cette journée avec les muscles en feu. Alex et Eloise, voyant un mur pas trop raide se lancent directement en tête et se rendent vite compte que le dry sans trou, c’est duur, il faut maintenir les piolets fermement sur des prises plates, et prier pour éviter la zipette. Pyrène et Julia sont sceptiques à la première longueur « mais qui a inventé ce sport, c’est nuuuul » et se passent allègrement des pioches, préférant serrer les réglettes à mains nues. Pendant ce temps-là, Clara s’occupe du barbecue et ne comprend pas non plus le concept du métal sur caillou. Charles, quant à lui, nous fait une démonstration de virilité dans un dévers en D9. La journée est lancée et petit à petit, le côté obscur de la force commence à séduire de plus en plus d’adeptes. On en oublie même de regarder l’heure et il nous faut flirter avec les limites du couvre-feu pour rentrer.

J4 : Back on ice ! Pendant que Nils est réquisitionné pour encadrer les jeunes, nous nous dirigeons vers les goulottes de Ceillac, réaliser le Y de gauche. Deux cordées sont faites : Pyrène, Charles et Clara prennent les devants et nous les suivons avec Julia et Alex. Charles et Alex, en bon princes, acceptent de se laisser balader et nous laissent nous amuser en 1ères de cordée. Nous avons bien fait de nous lever tôt, le parking se remplit et des cordées arrivent derrière nous. Heureusement, nous bifurquons à gauche tandis que les autres cordées restent à droite, ça y est on peut de nouveau s’entendre et ne plus s’entasser au relais. Pyrène s’offre un beau combat dans le dernier mur de la goulotte, ne se laissant pas abattre par sa rynopharingite. De retour au parking, nous enchaînons sur un entraînement neige et avalanche, indispensable pour nos activités montagnesques. Nous bénéficions de l’expérience de Charles et de Clara, qui faisait partie d’une équipe de ski alpinisme. Prise en main de l’arva, des pelles, des sondes, premiers secours, autant de gestes qui doivent être automatiques et que nous chronométrons. Pour finir, nous remontons voir Julien qui encadrait au Sombre Heros mais l’horaire fatidique ne nous laisse pas le temps de nous amuser sur ce beau cigare, pas grave, on y reviendra l’année prochaine !

J5 : Ce dernier jour illustre à merveille l’expression « finir en beauté ». Une journée en montagne comme on les aime : lever 5h30, 2h15 de marche d’approche en skis ou en raquette, et grande voie. Au fur et à mesure de l’approche, le val d’Escreins se dévoile dans toute sa beauté sauvage et nos yeux brillent. Les cordées s’équipent : Charles, Julia et Eloise partent dans No concession tandis que Nils, Clara et Pyrène se préparent à attaquer Profession homme. Bien que nous soyons très motivés, il fait assez chaud et la glace est grise, des facteurs qui nous incitent à la méfiance. Mais passés les premiers mouvements un peu fébriles sur glace mouillée et sous rideaux tranchant, la respiration s’apaise et la fluidité retrouve place dans nos corps. A notre droite, les rires de nos amis font trembler la montagne, et derrière nous le sourire de Sophie et Marianne est largement communicatif. Dans de telles conditions, nous avalons assez rapidement les 3 longueurs de No concession et nous voilà déjà redescendus en rappel, plein gaz ! L’objectif était clair dans nos têtes : tracer et avoir le temps d’aller tâter la deuxième longueur de Un joyau dans son Escreins. Charles engloutit son délicieux sandwich pain-beurre, Julia finit son ptit dej, Eloise se languit de manger une entrecôte. A peine le temps de mâcher que notre guide est déjà en haut de la première longueur. Emportée par son enthousiasme, Julia tombe, ce qui nous oblige sur quelques mètres à faire de la grimpe à un piolet, et à tenir les colos glacées à pleine mains, sous l’œil mi-amusé mi-dépité de Julien, qui se demande « Pourquoi j’ai pris des filles dans l’équipe moi déjà ? ». La première longueur était déjà raide, la deuxième finit carrément en dévers, avec un petit pas sur le rocher. Charles n’en fait qu’une bouchée et nous nous y amusons beaucoup avec Julia, retrouvant les sensations de la grimpe : c’est le festival de la lolotte, du croisement de pieds et du réta sur gratton. A peine le temps de nous taper un high five et de nous lancer sa phrase fétiche « Hé le renard qu’est ce tu fous là mec, viens on va en boîte y’a plein de renardesses », qu’il nous fait comprendre qu’il faut filer vers le pied de la cascade, car l’heure tourne. Aux sacs, nous retrouvons les autres sous le choc car une grosse pierre est tombée de très haut et les a frôlés. Douche froide pour eux, surtout que Nils a dû remonter sur corde pour décoincer son rappel, dans l’axe des chutes de pierre, ambiance… Il est temps de rentrer, dans la descente, Clara nous montre ses talents de freerideuse, Julien et Pyrène font la course entre les arbres, et Nils et Julia assument les 8km en raquettes.

La semaine s’achève au rythme des chants slovènes et abreuvée par de délicieux breuvages houblonnés. Le bonheur d’être tous ensemble et d’avoir découvert la glace nous fait oublier la fatigue accumulée pendant la semaine, on dormira quand on sera vieux...

En bref : des bonnes tranches de rires, une équipe déjà bien soudée, une passion commune pour la montagne et les journées de bartasse, des milliards de projets … Merci au CAF de nous permettre de vivre ça, merci Bibi pour l’organisation !

 

  • Prochain rdv officiel de l’équipe, WE d’artif à Vilanova de Meia :  crochets goutte d’eau, chute de marteau et pipis en paroi en perspective !

 

 

 

 







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